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Une vie dans les marges

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Première époque

Yoshihiro Tatsumi

Editeur : Cornélius

Collection : Pierre

Année d'édition : 2011

Première édition : 1994

456 pages

17 x 27 cm - 1 300 gr

Langue : Français

ISBN : 9782360810086

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Une vie dans les marges


La maison Cornelius, connue pour le soin qu'elle apporte à ses publications, montre de quoi elle est capable avec ce splendide objet en deux volumes. Le premier, dont il est question ici, est un gros ouvrages, imprimé et assemblé pour être lu à la japonaise, c'est-à-dire en commençant par la droite (des pages, mais aussi du livre). Le format est plutôt grand pour un manga (pardon, un gekiga), et finalement bien approprié pour profiter pleinement des dessins, dont l'impression est impeccable. Broché, protégé par une épaisse couverture à dos rond, recouverte d'une jaquette qui se déplie pour former un poster, l'objet est également doté d'un tranchefile et de deux marques pages bleu azur. « Ce zinzin est coûteux », précise l'éditeur à propos de ces deux minces bandeaux de tissus, « autant qu'il serve ». Nous abonderons en ce sens : le double instrument permettra de conserver tout à la fois la position de la page en cours de lecture, et l'emplacement des notes explicatives, renvoyées en fin d'opus, juste avant les notices biographiques des mangakas cités par Tatsumi. Comme le signalait l'éditeur, toute cette excellence à un coût, qu'il faut multiplier par deux pour obtenir l'intégralité de l'œuvre. Mais l'objet vaut assurément le prix demandé.

 

Notule de lecture de Jessi Bi :

Une vie et plusieurs marges. Celle qui marginalise, celle où s’interpénètre l’exploré et l’inexploré, et celle de cet écart entre le possible et l’impossible où il s’agira d’évoluer ou de manœuvrer. Autant de définitions d’un mot qui définissent la vie de Tatsumi Yoshihiro, père du gekiga, le devenir adulte de la bande dessinée en son pays.

Autobiographique, ce premier volume[1] évoque d’abord le devenir adulte de l’auteur. Il commence en août 1945, quand « Hiroshi avait dix ans », et se termine en avril 1956, date de sortie du premier numéro de la revue Kage. Un tournant auquel notre mangaka participe quand légalement[2] il atteint l’âge de la majorité.
Comme une marge supplémentaire, Tatsumi Yoshihiro ne dit pas « je », mais se voit en ce passé comme il se dessine aujourd’hui, avec un dessin de bande dessinée qui dit forcément « il »[3]. Un écart entre ce qu’il est aujourd’hui et ce qu’il a été, mais qui en dit long aussi sur son acuité toujours vive vis-à-vis des spécificités d’un médium pour lequel il se passionne très jeune[4].

Cette passion le « marginalisera » de plusieurs manières : d’abord par son talent qui le distinguera de ses camarades. Ensuite par le chemin qu’il suivra (il n’ira pas à l’université), mais aussi par son rapport avec son frère lui aussi dessinateur de talent (une marginalisation plus ponctuelle), sa relation épistolaire avec le maître Oshiro Noboru (il refusera un travail que celui-ci lui offrait), ou bien par le fait de ne pas considérer la bande dessinée comme un simple divertissement.
Comme d’autres, Tatsumi percevra très rapidement tout ce que Tezuka doit au cinéma. Mais ce qu’il découvre aussi c’est qu’il y a des possibilités d’aller plus loin en neuvième chose, d’y aborder une diversité inexplorée à la manière des cinéastes qu’il admire et qui éclatent sur les écrans d’alors.
Mais si la réalisation de telles bandes dessinées est encore délicate techniquement pour un jeune auteur comme lui, elles deviennent presque impossibles à créer tant il faut convaincre des éditeurs d’Osaka plus prompts à copier ou transposer des succès éditoriaux, qu’à voir les potentiels infinis d’un médium nouveau semblant, là-bas aussi, consubstantiellement lié à l’enfance ou au divertissement pour rire ou s’évader.

Tatsumi Yoshihiro conte avec limpidité et savoir-faire cette lente évolution qui l’amènera avec d’autres à penser le gekiga. Une maturité d’un médium qui va éclore en même temps qu’une première génération de lecteurs devient celle de créateurs et d’adultes. Il en montre les racines, les influences dans les vapeurs d’un « esprit du temps » entre guerre froide et miracle économique. Il montre aussi l’âpreté de cet après-guerre, ainsi que celle du métier de mangaka, où les créateurs semblent parfois les plus isolés qui soient dans cette double tâche de faire laborieusement images et textes en solitaire.
Heureusement, voir un éditeur c’est aussi rencontrer d’autres auteurs. Un aspect extrêmement fécond pour Tatsumi, à la fois par les dialogues qui s’instaurent et les rivalités plus ou moins sous-jacentes qui s’ébauchent.

Une vie dans les marges possède ce double aspect d’être en même temps un document et une autobiographie qui oscillerait entre celles de Will Eisner et de Marjane Satrapi[5]. Un travail introspectif qui a nécessité douze années d’un labeur initié en 1994 par Furukawa Masuzo, directeur de la chaîne de librairie Mandarake. Multi-récompensé avec raison aussi bien au Japon qu’aux États-Unis, l’édition somptueuse et impeccable de Cornélius donnera à lire aux francophones une vie aussi bien qu’une histoire de la bande dessinée japonaise. Un travail qui entrera peut-être en résonance pour certains lecteurs avec celui plus hagiographique que biographique des studios Tezuka, retraçant la vie du père de Black Jack. Par contraste, la « marginalité » et le triomphe actuel et tranquille du père du gekiga, se révèle aujourd’hui la délimitation de ce qui fait l’essence d’une neuvième chose contemporaine qui s’invente dans un rapport au monde, auquel il s’agit moins d’échapper que de le voir et le comprendre par les intimités qu’il contient.

Notes

[1] D’une œuvre qui sera en deux tomes.
[2] Et dans une coïncidence symbolique.
[3] L’autobiographie en bande dessinée est un regard extérieur. On se représente (et re-présente) et on se voit. Ce n’est pas (ou rarement) du « caméra sur l’épaule ». C’est un personnage, entre avatar et acteur, qui joue votre vie passée d’auteur.
[4] Mais peut-être que d’autres verront dans ce « il » une preuve de la modestie légendaire des japonais, ou bien une particularité de la langue japonaise.
[5] Une vie dans les marges, comme Persépolis, devrait être adapté bientôt au cinéma en dessin animé par le singapourien Eric Khoo sous le titre « Tatsumi ». Une adaptation qui inclura plusieurs des histoires courtes importantes qui ont jalonné toutes l’œuvre du mangaka.

Source : du9.org  - (c) du9.org et Jessi Bi

[Texte figurant sur le rabat de la jaquette en première de couverture]
Acteur incontournable d'une époque fondatrice du manga, Yoshihiro Tatsumi offre, avec Une vie dans les marges, un témoignage exceptionnel sur les milieux éditoriaux et le Japon de l'immédiate après-guerre. Fresque autobiographique, roman social et document historique, ce livre-somme est un chef-d'œuvre capable de toucher le passionné comme le néophyte.
Pour l'amateur de bande dessinée, il donne à voir de l'intérieur la manière dont le manga s'est construit dans ces années-là, passant en peu de temps de l'âge d'or à l'âge industriel. Il invite dans cette évocation les figures mythiques de ce domaine et nous les montre telles qu'elles étaient avant que l'histoire ne les statufient.
Pour le profane, Une vie dans les marges dresse un tableau unique du Japon des années d'après-guerre et de ses classes populaires luttant pour la survie quotidienne. De l'essor économique des années 1950 jusqu'aux crises des années 1960, Tatsumi dépeint avec force un pays et une société en pleine mutation.
Œuvre de longue haleine dont la réalisation s'est étalée sur plus de dix ans, Une vie dans les marges est d'ores et déjà un ouvrage de référence récompensé au Japon et aux États-Unis par les prix les plus prestigieux.


[Texte figurant sur le rabat de la jaquette en quatrième de couverture]
Yoshihiro Tasumi est né à Osaka en 1935. Il s'intéresse à la bande dessinée très jeune et, profitant du fait qu'il est originaire de la même ville qu'Osamu Tezuka, il trouve conseil auprès du Maître qui l'encourage à se lancer.
Dans les années 50, lassé des productions infantiles et commerciales proposées par les éditeurs d'alors, il invente le terme gekiga, qui servira à définir un style de bande dessinée plus adulte, et fonde un atelier avec six autres artistes pour mettre en pratique cette nouvelle approche narrative.
Le gekiga, qui privilégie le réalisme et la dimension psychologique des personnages, révolutionnera le manga et l'influencera durablement, ouvrant de nouvelles perspectives à une génération d'auteurs. Durant cette période, et jusque dans les années 1980, les histoires de Tatsumi seront publiées sous forme de feuilletons dans de nombreux magazines. En France, c'est grâce à la revue Le cri qui tue que les lecteurs pourront découvrir quelques-unes de ses nouvelles à la fin des années 1970.
Yoshihiro Tatsumi est aujourd'hui considéré comme l'un des grands maîtres du manga et ses bandes dessinées sont traduites et récompensées dans de nombreux pays.

Préface [Mitsuhiro Asakawa]    p. 7

L'aube du manga    p. 13

Premières tentatives    p. 27

Le journaliste    p. 47

Osamu Tezuka, le géant    p. 65

La discorde    p. 85

Tezuka disparaît    p. 105

L'amour du manga    p. 125

Les manuscrits déchirés    p. 145

Rêve de vacances d'été    p. 165

La mangaka dupée    p. 185

Devenir un véritable auteur    p. 205

Premiers pas    p. 225

Derniers jours au lycée    p. 245

Le voyageur dans le désert    p. 265

Mangaka, ce dur métier    p. 285

Opération promotion    p. 305

Hinomaru-bunko    p. 321

Le pseudonyme    p. 337

Dans un monde libre    p. 353

Le manga, ce monstre    p. 369

Recherches    p. 385

Kage    p. 401

Expérimentation et auto-satisfaction    p. 417

Notes générales    p. 435

Notices biographiques    p. 439

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