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Naissances de la bande dessinée

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de William Hogarth à Winsor McCay

Thierry Smolderen

Editeur : Les Impressions nouvelles

Année d'édition : 2009

Première édition : 2009

144 pages

24,5 x 33,5 cm - 1280 gr

Langue : Français

ISBN : 9782874490828

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Naissances de la bande dessinée


Grand et beau livre, solidement cartonné, imprimé sur papier ivoire, enrichi de plus de 150 illustrations en noir et blanc pour la plupart, mais aussi en couleur. Les huit chapitres qui composent ce livre se proposent un aperçu des formes qui se sont succédées depuis le XVIIIe siècle pour engendrer la bande dessinée. Articulant les périodes et les auteurs, montrant les ponts qui s’établissent entre les uns et les autres, Naissances de la bande dessinée offre un panorama d’un art en pleine transformation, prêt à donner naissance à celui que nous connaissons aujourd’hui. Ce livre est aussi la synthèse et l’aboutissement des recherches anciennes de Thierry Smolderen, et dont on avait déjà un pu prendre connaissance au travers de différentes publications comme les articles publiés sur Coconino-world.com ou la préface à L’Anthologie A. B. Frost (L'An 2 éditeur).

 

Notule de Harry Morgan

On ne saurait trop louanger l'exceptionnel travail de Thierry Smolderen, fruit de décennies de recherches sur la bande dessinée ancienne. Thierry Smolderen a fait le choix d'un compromis entre l'énorme monument scientifique qu'il porte en lui (un titre comme « Le roman en estampes après Töpffer » évoque immédiatement un ouvrage savant en plusieurs volumes, lesté de notes en fin de chapitres aussi longues que les chapitres eux-mêmes) et un simple ouvrage documentaire, présentant une iconographie assortie de commentaires. Ce compromis produit un ouvrage à la fois érudit et clair, extrêmement bien illustré, et dont la thèse se dégage pour ainsi dire naturellement des pièces qui sont produites. Thierry Smolderen se situe dans la lignée d'un David Kunzle dont les ouvrages sur la bande dessinée européenne depuis la Renaissance et sur la bande dessinée européenne du XIXe siècle ont révolutionné notre vision du médium. M. Smolderen commence par les romans en estampes de William Hogarth, qui ont fécondé tout le dessin (pas seulement la bande dessinée) du XIXe siècle. Ceci déplaira naturellement aux théoriciens qui considèrent la séquentialité ou, pour mieux dire, la séquence microévénementielle, comme constitutive du médium. Mais du point de vue historique comme du point de vue esthétique, un tel point de départ permet de décrire des généalogies claires et, surtout, il amène à situer Töpffer dans son extraction, puisque le Genevois lui-même se réclamait de Hogarth. Thierry Smolderen apporte de plus un élément décisif aux études töpfferiennes, en montrant que les traités de rhétorique gestuelle (enseignant le mélodrame) ont une importance non moindre dans la pratique du Genevois que la physiognomonie, dont les rapports avec la caricature sont aujourd'hui bien cernés. Enfin M. Smolderen propose une vision tout simplement révolutionnaire du code töpfferien lui-même, en montrant que le code de l'action progressive chez Töpffer, dont les historiens ont tant loué la modernité, possède une portée satirique, et vise à moquer le progrès dans sa dimension mécaniste. Même si l'on pourra débattre sur la portée qu'il convient de donner à cette intention ironique chez l'auteur de M. Jabot, ceci rend beaucoup plus claire l'histoire des littératures dessinées après Töpffer, où l'on constate tour à tour des avancées et des mouvements de recul par rapport au code töpfferien. La deuxième ligne de force de l'ouvrage de M. Smolderen est le lien des littératures dessinées avec le progrès technique, ce qui amène l'auteur à reprendre sur nouveaux frais les rapports des littératures dessinées avec l'histoire du cinéma, et en particulier avec la chronophotographie mareysienne (ou muybridgienne) à travers l'exemple d'A. B. Frost. Simultanément, M. Smolderen aborde la question de l'esthétique, à partir du point de départ hogarthien qu'est la ligne sinueuse (qu'on retrouve dans le Tristram Shandy de Sterne), le concept clé étant ici celui d'hybridation classique, ce qui amène notamment l'auteur à caractériser un style « gothique », dominant au milieu du XIXe siècle (des exemples sont Cruikshank et l'école des Fliegende Blätter). C'est dire que Thierry Smolderen renonce définitivement à l'idée de spécificité des littératures dessinées, les auteurs victoriens qu'il étudie ayant naturellement œuvré dans la caricature et l'illustration romanesque. De fait, même la notion de continuité narrative à l'intérieur des œuvres dessinées est battue en brèche, les dessinateurs du XIXe siècle ne faisant pas la différence entre la séquence narrative et la miscellanée, c'est-à-dire la page comprenant plusieurs illustrations. Le bref chapitre sur les dispositifs textuels à l'intérieur de l'image (étiquettes, bulles) ruine les tentatives d'historiens maladroits de trouver une origine de la bulle dans les phylactères médiévaux ou ceux des caricatures du XVIIIe siècle. Ici encore, la bulle moderne naît de considérations techniques (l'invention du phonographe et la nécessaire synchronisation de la parole et de l'action dans le slapstick dessiné). Enfin, le chapitre sur Winsor McCay, en insistant sur la relation entre les mouvements des manèges et des bandes comme Little Nemo, renvoie directement aux considérations finales de David Kunzle dans son ouvrage sur la bande dessinée du XIXe siècle.

 Source : The Adamantine.

Autour de 1900, apparaît dans la presse américaine une forme pétrie d’humour et d’action que nous reconnaissons sans problème comme de la bande dessinée : le comic strip, né en même temps que le cinéma et le phonographe. Dans ce livre riche en surprises, Thierry Smolderen montre pourtant que l’origine de cette forme est beaucoup plus ancienne, et liée à une autre naissance : celle du roman moderne, qui émerge en Angleterre au cours du XVIIIe siècle. L’œuvre satirique du peintre et graveur William Hogarth a ouvert cette voie, menant à des échanges d’un genre nouveau entre l’image et les médias de l’âge moderne. Au XIXe siècle, le courant impulsé par Hogarth est resté l’affaire exclusive d’un groupe particulier de dessinateurs, les illustrateurs humoristiques, qui mettent leur immense culture de l’image au service de la parodie, en cultivant l’art de l’hybridation stylistique. Fascinés par le graffiti, le dessin d’enfant et les images marginales, ils sont les premiers à s’emparer des médias émergents, qu’ils schématisent et combinent dans une perspective ironique. Depuis Rodolphe Töpffer, ils prennent aussi un malin plaisir à interroger les idiomes séquentiels du monde industriel à partir du passé naïf des histoires en images populaires. La bande dessinée moderne s’est forgée dans ce creuset résolument polygraphique qui n’a manqué aucune des révolutions majeures menant à l’âge audiovisuel. Cet ouvrage – qui constitue aussi une véritable anthologie – éclaire donc de manière surprenante les pièces d’un puzzle que nous croyions pourtant si bien connaître : loin d’être orpheline, la bande dessinée y apparaît comme la principale héritière d’une culture de l’image lisible aussi ancienne que l’image imprimée. La bulle, la ligne claire, l’action progressive, la mise en abîme ironique et jusqu’à la physique délirante des toons l’inscrivent dans une généalogie beaucoup plus riche que ne le soupçonnent les auteurs eux-mêmes. Son dialogue initial avec le roman d’avant-garde du XVIIIe siècle et le livre romantique, sa longue cohabitation avec les rythmes de la presse illustrée, sa symbiose avec le cinéma en font même l’ouvroir potentiel de l’image contemporaine par excellence.

Chapitre 1 - William Hogarth, des images qui se lisent    p. 8

Chapitre 2 - Graffitis et petits bonshommes    p. 30

Chapitre 3 - Les romans arabesques de Rodolphe Töpffer    p. 40

Chapitre 4 - “Va, petit livre !” : le roman en estampes après Töpffer    p. 58

Chapitre 5 - L’évolution dans la presse, entre institution et attraction    p. 80

Chapitre 6 - A.B. Frost et la révolution photographique    p. 102

Chapitre 7 - Du label à la bulle    p. 118

Chapitre 8 - Winsor McCay : le dernier baroque    p. 128

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