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M. Töpffer invente la bande dessinée

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Thierry Groensteen

Editeur : Les Impressions nouvelles

Année d'édition : 2014

Première édition : 2014

320 pages

17 x 24 cm - 620 gr

Langue : Français

ISBN : 9782974491870

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M. Töpffer invente la bande dessinée


Format in-octavo sans prétention aucune, peu protégé par un carton très souple, presque intégralement imprimé en noir exceptée la couverture, qui est une trichromie ajoutant du jaune et du bleu, mais sans mélange. En vérité, les premières pages accueillent quelques illustrations quadrichromiques, mais cela cesse rapidement sans que la sobriété des noirs et des gris ne soit gênante. L'ouvrage est abondamment illustré, chaque reproduction étant légendée et datée quand il le faut. L'Essai de physiognomonie de Töpffer est doublement reproduit : typographié d'une part, en fac-similé d'une autre ce qui facilite la lecture à l'homme du XXIe siècle tout en laissant voir la composition adoptée par Töpffer pour son livre, entièrement réalisé de sa main. Composition classique et efficace du texte : lignes confortables, marges non moins, notes renvoyées en bas de page, ce qui aide à leur consultation, deux niveaux de titraille qui découpent correctement le propos sans l'interrompre trop souvent. Une bibliographie, mais pas d'index. Livre efficace.

 

Notule de lecture de Clément Lemoine :

En 1996, alors que le cinéma venait de fêter avec éclats son propre centenaire, la bande dessinée peinait à faire de même, déchirée par le débat entre les pro-Töpffer et les pro-Outcault. L'inventeur américain du comic strip était alors remis en cause par les chercheurs internationaux qui lui préféraient un vieux professeur de Genève. Le livre de référence en la matière était Töpffer, l'invention de la bande dessinée, par Benoît Peeters et Thierry Groensteen. Le second en publie aujourd'hui une version remaniée et enrichie, dans la collection dirigée par le premier.

En effet, la question des origines du médium n'a rien perdu de sa pertinence. Paradoxalement, alors qu'Outcault est passé de mode, notre vision de Töpffer se noie de plus en plus dans une histoire riche en déclinaisons différentes, et ce d'autant plus que la bande dessinée échappe à toute définition au moment où elle franchit la barrière numérique. Or, pour savoir où l'on va, il vaut mieux savoir d'où l'on vient.

Dans un panorama détaillé de l'œuvre de Töpffer, Groensteen répond aux avancées de la recherche contemporaine et notamment aux travaux de Thierry Smolderen. Celui-ci, dans Naissances de la bande dessinée, en 2009, s'opposait à l'attribution à Töpffer de l'invention de la bande dessinée moderne : il s'agissait pour lui de réintégrer le Genevois dans une plus longue série de ruptures du dix-neuvième siècle, de Hogarth à McCay, mais aussi de renverser l'interprétation traditionnelle de ses codes narratifs en leur donnant un caractère fondamentalement ironique. À l'opposé, Groensteen se place dans la continuité de ses précédents travaux, redonnant à Töpffer une place prééminente, à la fondation de deux siècles de bande dessinée. Pour cela, il ajoute aux débats pour la définition du médium le critère d'une démarche théorique. En effet, Töpffer ne s'est pas contenté de faire avancer le médium vers la modernité, il a affirmé haut et fort sa spécificité. « L'on peut écrire des histoires avec des chapitres, des lignes, des mots : c'est de la littérature proprement dite. L'on peut écrire des histoires avec des successions de scènes représentées graphiquement : c'est de la littérature en estampes. » Ces textes, repris dans le troisième tiers du volume, prouvent de façon éclatante l'importance théorique du Genevois, qui fonde, sinon la bande dessinée, du moins la stripologie. Le moment Töpffer devient le seuil décisif à partir duquel le discours existe de façon autonome. Par ailleurs, Groensteen s’appuie sur les recherches internationales et sur une approche rigoureuse des textes du Genevois pour réfuter la thèse d'une parodie via la bande dessinée du langage du progrès, représenté par l'action progressive de Lessing. Force est de constater que les textes, s'ils montrent un esprit constant de sarcasme envers tout système, y compris envers la propre utilisation par Töpffer de la physiognomonie, ne cessent pas d'encenser le « genre » qui les accompagne.

Au-delà de ce débat contemporain, passionnant pour les amateurs, le livre a le mérite d'analyser dans le détail les traits saillants des bandes dessinées de Töpffer : la volonté de dépeindre des caractères, le goût pour leur interprétation graphique, et une ironie généralisée. Le recours original à la reproduction par autographie lui permettait de réaliser directement sur sa feuille un dessin proche du produit fini, qui eut certainement un rôle dans le statut graphique qu'il procurait au texte. Enfin, ses réflexions approfondies sur les traits du visage, formidablement réunis dans un Essai de Physiognomonie, ont gardé toute leur actualité.

Ces considérations sont d'une grande importance pour le bédéphile d'aujourd'hui. Elles nous permettent de remettre en question deux cent ans de pratiques variées, au moment où on nous annonce leur bouleversement général. Töpffer est une des clés qui permettent de comprendre d'où nous viennent les industries graphiques du vingtième siècle, et comment l'image est devenue synonyme de divertissement.

Source : Parutions.com – (c) Clément Lemoine et Parutions.com

Jugés « éblouissants de verve et d'esprit » par Goethe, les albums de Rodolphe Töpffer sont aujourd'hui considérés comme les premières bandes dessinées. Publiées en pleine époque romantique, ces « histoires en estampes » jetaient les bases d'une nouvelle forme de littérature, voué à la fiction satirique et fondée sur la coopération entre le texte et l'image.
Le succès de M. Jabot, M. Vieux Bois ou du Dr Festus fut immédiat : imités, contrefaits, traduits en plusieurs langues, ils se frayèrent même la voie des États-Unis, la future patrie des comics.
Töpffer est aussi l'auteur de romans, de savoureux récits de voyage, de pièces de théâtre et d'essais sur l'art. Parmi ces derniers, il faut distinguer un important corpus de textes consacrés à la carictature et sa propre pratique de dessinateur. Non content d'avoir créé les conditions de la bande dessinée moderne, Töpffer en fut aussi le premier théoricien.
Ce sont ces textes qui sont ici réunis, introduits par une étude fouillée et pénétrante qui replace le créateur genevois dans une continuité historique, détaille les circonstances de son « invention » et analyse les principaux ressorts de ses histoires, dont la folle gaieté est toujours agissante sur les lecteurs d'aujourd'hui.

Ancien directeur du musée de la bande dessinée d'Angoulême, rédacteur en chef de la revue en ligne NeuviemeArt2.0, Thierry Groensteen est un spécialiste de renommé internationale. Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages parmi lesquels Système de la bande dessinée I et II, Un Object culturel non identifié, La bande dessinée mode d'emploi ou encore La Bande dessinée, son histoire et ses maîtres. Il a réédité, exposé, commenté Töpffer depuis vingt ans, et livre ici la somme de ses recherches et de ses réflexions.

Introduction    p. 5

Repères biographiques    p. 10

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I. LES ANTÉCÉDENTS    p. 19

L' « hypothèse Lascaux »    p. 20

Permanence de l'image narrative    p. 28

La caricature et l'imagerie populaire avant 1830    p. 32

De Hogarth à Töpffer, filiation et différences    p. 39

En terre germanique    p. 46

D'Adam à Rodolphe    p. 50

Pour introduire les bandes dessinées de Töpffer    p. 54

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II. LE MOMENT TÖPFFER    p. 65

Du divertissement privé à la publication    p. 67

L'autographie : définition et avantages    p. 73

Question de définition    p. 81

Töpffer contre lui-même ?    p. 86

La carrière des histoires en estampes    p. 90

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III. ÉLÉMENTS POUR UNE POÉTIQUE TÖPFFERIENNE    p. 99

Dessin au trait et lisibilité    p. 99

La mécanique et le feuilleton    p. 103

Le chantier Töpfferien    p. 106

Espace de la planche et grammaire du cadre    p. 110

Le héros et le type : figures de l'ubiquité    p. 115

L'idée fixe    p. 122

Du griffonnage au récit    p. 132

La clé physiognomonique    p. 136

La voix narrative    p. 146

Le comique töpfferien    p. 149

Satire et parodie    p. 149

Le comique absolu    p. 156

L'humour contrapuntique    p. 157

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IV. LA BANDE DESSINÉE HÉRITIÈRE DE TÖPFFER    p. 161

Les premiers continuateurs    p. 162

Cham, l'héritier prolixe    p. 164

Un feu d'artifice nommé Gustave Doré    p. 171

Le déploiement international d'un art    p. 186

Christophe rallume le feu qui couve    p. 197

Töpffer vivant    p. 201

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V. TÖPFFER THÉORICIEN    p. 205

Réflexions à propos d'un programme    p. 205

Notice sur l'Histoire de M. Jabot    p. 219

Notice sur la contrefaçon de l'Histoire de M. Jabot    p. 221

Notice sur les Essais d'autographie    p. 223

Correspondance avec Cham    p. 231

Essai de Physiognomonie    p. 240

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Bibliographie    p. 308

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